Lore Decimus : La traque sous les ombres

Lore Decimus : La traque sous les ombres

Une ombre se glisse sous les feuillages, rapide et silencieuse, planant comme pour annoncer le danger qui approche.
Un Rôdeur se fond dans le décor, les yeux rivés sur son objectif. Ses pas sont légers, imperceptibles, et leur bruit se confond avec le vent et le craquement des feuilles sans jamais dévoiler le prédateur à l'affût, alors qu’il progresse inexorablement derrière sa proie.

La traque est en place. 

Sa capuche aux tons terreux laisse échapper quelques mèches blondes dont les reflets rappellent les rares éclats du soleil sur les feuilles denses, encadrant un visage aux traits fins qui trahissent son jeune âge. Vif et souple, sa démarche rappelle celle d’un félin. Seule tressaille une amulette autour de son cou, unique mouvement de son corps échappant à un contrôle millimétré. Le bijou de spartanite brille d’un éclat vert intense qui semble faire écho à la forêt alentour : comme s’il s’en nourrissait, s’inspirait de l’énergie vitale de la nature environnante, alors qu’autour de l’homme, la forêt dense et mystérieuse s’étend à perte de vue. Les arbres millénaires se dressent haut dans le ciel, formant une canopée épaisse qui filtre la lumière du soleil, créant ainsi un jeu d'ombres et de lumières dans lequel le Rôdeur peut se fondre. Des bosquets touffus, couverts de baies et de fleurs sauvages, parsèment le paysage, ajoutant une touche de couleur à cet univers verdoyant. Le chant des oiseaux et le murmure d'un ruisseau lointain sont les seuls bruits qui viennent perturber le silence paisible de la forêt.

Le Rôdeur se déplace avec grâce, comme un danseur dans la nature. Il glisse silencieusement d'un endroit à l'autre, utilisant la moindre couverture pour camoufler sa présence, et ses gestes sont fluides et précis, comme s'il dansait avec les ombres.

Ses vêtements sombres et ajustés ne laissent aucune place à l'erreur, habilement tressés et cousus pour servir leurs fonctions : discrétion, efficacité, létalité. Ses doigts sont serrés autour d’une dague qu’il maintient contre sa poitrine, la soustrayant ainsi aux yeux du monde. Sa main ne tremble guère autour du manche en ambre, aguerrie par les années de pratique et les enseignements de ses parents, et de leurs parents avant eux. Elle est une extension de son bras, un prolongement de son être, prête à être brandie pour se défendre ou neutraliser. La lame est forgée dans un métal sombre, polie à la perfection pour réfléchir le moins possible la lumière du soleil. Ses yeux, perçants et vifs comme ceux d’un rapace, sont d’un jaune étincellant, contrastant avec le brun terreux de sa cape. Ils ne quittent pas un seul instant l’objet de sa traque, tandis qu’il progresse rapidement, ses pieds évitant instinctivement toute brindille, petite pierre ou tout autre élément qui trahirait sa présence. Il ne semblerait faire qu’un avec la nature, une symbiose parfaite, une protection mutuelle. 

Soudain, il s’immobilise. 

Sa cible a arrêté de bouger. Le Furie qui s’était introduit sur leur territoire et qu’il suit depuis plusieurs minutes vient de s’arrêter, probablement perdu et déstabilisé par l’environnement. La forêt offre peu de repères à ceux qui ne la connaissent pas par cœur…  Il regarde à droite et à gauche, les va-et-viens rapides de ses pupilles trahissant une légère anxiété alors qu’il tente de se repérer pour retrouver son chemin.
Le Rôdeur l’étudie de loin, sensible au moindre mouvement, au changement de rythme de sa respiration, aux appuis indécis… Autant de signaux qu’il lit parfaitement. Là est tout l’art de la traque : tout voir sans être vu. 

Le Rôdeur retient sa respiration, effaçant toute trace potentielle de sa présence, alors que l’homme qu’il piste reprend sa route d’un pas incertain. 

Quelques mètres plus loin, tapis sous les feuillages épais, seul l'œil le plus aguerri pourra déceler l’immense loup sanguinaire et la seconde Rôdeuse montée sur son dos. L’animal et la femme ont tous deux les muscles bandés, prêts à bondir de leur cachette pour s’abattre sur l’ennemi imprudent s’il faisait un geste de trop, ou mettait en danger la forêt et ses habitants. Elle aussi arbore une amulette similaire, et ses vêtements semblent retenus par des cordes solidement tressées. La fourrure claire du loup se mêle étonnamment bien parmi les couleurs de la forêt autour d’eux, et ses yeux brillent d’un éclat similaire à ceux de sa cavalière. Les deux êtres ne semblent faire qu’un, massifs mais invisibles, couverts par la nature toute-puissante qui garde jalousement leur secret. 

Gare à celui qui ne se méfie pas de la forêt, car si elle est imprévisible et dangereuse, les Rôdeurs qui s’y cachent le sont tout autant.

Ecrit par Pillow

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